Mediapart أكبر موقع اخباري فرنسي يحل بالناظور: هذا ما شاهده و هذا ما كتبه عنا!!

Frontière sud de l’Europe oubliée des médias, le Maroc, en bon gendarme de Bruxelles, a toujours mené la vie dure aux migrants qui voulaient pénétrer les enclaves espagnoles. Les réfugiés syriens n’y échappent pas. Depuis des mois, des dizaines de familles sont coincées à Nador, ville du nord-est marocain, frontalière de Melilla, dont on ne sort pas non plus.
De notre envoyée spéciale à Nador et Melilla (Maroc).- Majdouline se gratte sous son « jilbab » noir, longue robe en lycra qui couvre son corps et ses cheveux. Elle a une éruption de boutons. « L’angoisse mais aussi la gale ou une affection qui y ressemble », d’après le pharmacien qui lui a vendu un savon antibactérien en guise de traitement. Elle vit dans un hôtel miteux de Nador où s’entassent, dans la promiscuité, des dizaines de familles syriennes bloquées par les autorités marocaines dans leur transhumance vers l’eldorado européen. Trois mois déjà qu’elle erre dans cette ville du nord-est marocain, frontalière de Melilla, l’enclave espagnole suspendue aux côtes africaines, seule frontière terrestre, avec Ceuta, séparant l’Afrique et l’Union européenne. Impossible de franchir avec son passeport syrien les quelques mètres qui la séparent de ce minuscule bout d’Europe de 12 km2, considéré comme « une ville occupée » par les Marocains et protégé par une triple barrière ultra sécurisée qui a coûté 33 millions d’euros à Bruxelles.
Sans savoir qui bloque l’accès au bureau d’asile de Melilla – l’Espagne, le Maroc, ou les deux royaumes main dans la main –, les réfugiés syriens entrent au compte-gouttes dans la ville autonome. À peine une vingtaine par jour aujourd’hui, lorsque les portes ne sont pas temporairement fermées face aux « afflux », contre une cinquantaine jusqu’en mai dernier. Et les critères de « sélection » sont totalement opaques, faisant de Nador « une zone de tri, bien en amont de la frontière », dénoncent les ONG, un « hotspot » des demandeurs d’asile pour reprendre le nouveau lexique migratoire des responsables politiques européens. Seule échappatoire alors pour traverser l’une des frontières les plus hermétiques et répressives du monde, théâtre continu depuis plus de quinze ans de violations permanentes des droits des migrants : passer clandestinement via l’un des trois postes-frontières de Nador avec Melilla (Barrio Chino, Farkhana, Beni Ensar).
Khalid, le frère de Majdouline, vient de réussir l’exploit. Il n’a pas versé un dirham, une vraie « baraka » qui prouve que c’est encore possible à l’heure où la mafia des« mojarrebs » (passeurs) quadrille la zone et réclame en toute impunité, avec l’accord tacite des autorités, jusqu’à 40 000 dirhams par passage pour une personne (environ 4 000 euros). Khalid est passé un matin avec le bébé de Majdouline, Basma, née il y a quelques semaines à l’hôpital de Nador. Comme sa femme et leur fils quelques jours plus tôt, il a profité d’un moment de relâchement de la surveillance douanière pour se mêler à la foule de « mules » et autres « porteadoros »(porteurs). Ces milliers de petits commerçants berbères qui survivent de la contrebande séculaire avec l’Espagne et qui se bousculent du lundi au jeudi à Barrio Chino, le dos écrasé par les ballots de marchandises, allant du détergent au mini-four à pain. C’est l’une des entrées les plus difficiles à contrôler, un gros contingent des 30 000 Marocains franchissant légalement la frontière tous les jours passant par là (un accord scellé en 1912 entre l’Espagne et le Maroc autorise les habitants de Nador à entrer dans Melilla sans visa sur leur passeport).
Majdouline, elle, est prisonnière de Nador où elle comprend « difficilement les gens » qui parlent le dialecte amazigh du Rif et peu l’arabe, encore moins son versant syro-libanais. Elle attend son mari Ahmed. Il est en prison, ne sortira pas avant la mi-novembre. Il a écopé de deux mois ferme pour avoir tenté de s’immoler devant le poste-frontière de Beni Ensar, l’autre « check-point » entre Nador et Melilla. Le 15 septembre dernier, alors qu’il protestait lors d’un énième sit-in avec d’autres Syriens contre le blocage de la frontière, les policiers ont bousculé violemment sa femme et leur bébé. L’humiliation de trop. Ahmed a voulu s’asperger d’essence. Un cri de colère, de désespoir. Les policiers ont filmé la scène avec leur téléphone tout en le contenant et en lançant la machine répressive. Depuis l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, en décembre 2010, qui a provoqué la révolution en Tunisie et la chute de Ben Ali, toute tentative d’immolation est sévèrement réprimée et passible de prison dans un Maroc hanté par le spectre d’un soulèvement populaire.
« Chez nous, les réfugiés syriens finissent en prison, c’est cela l’hospitalité marocaine », ironise Omar Naji. Ingénieur en urbanisme, il est l’une des figures de la section de Nador de l’association marocaine des droits de l’homme (AMDH), la première association à avoir dénoncé les mauvais traitements et les obstacles réservés aux exilés syriens,« super réfugiés » qui devraient pourtant bénéficier du statut évident de demandeurs d’asile. « Pressions dans les commissariats, présence quotidienne sur le terrain… L’AMDH fait un boulot incroyable sur Nador dans un contexte très difficile », salue Elsa Tyszler, du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (Gadem), basé à Rabat. Elle voulait rejoindre Nador pour enquêter sur la situation des Syriens et autres migrants mais elle a différé son voyage : « trop chaud ».Depuis le mois de septembre, les autorités fliquent et virent sans ménagement chercheurs et journalistes qui s’intéressent au sujet.
« Nador vit de la trilogie infernale : trafic de migrants, de drogue et contrebande »
« En quoi la question des migrants, des réfugiés syriens menace-t-elle la sécurité de l’État ? » s’interroge Omar Naji. « C’est la première fois, dit-il, que le ministère de l’intérieur marocain envoie une dépêche aux rédactions pour dire que tout va bien, que les Syriens ne sont pas maltraités, en réponse à la petite section de Nador de l’AMDH qui a mis en évidence le business mafieux dont sont victimes des réfugiés avec le consentement implicite des autorités. » Ce lundi soir, on le retrouve dans le local rudimentaire de l’association, niché dans un quartier populaire aux trottoirs et routes défoncés. Trônent sur les murs une banderole, vestige des manifs du mouvement du 20 février 2011, et un portrait de l’icône de la lutte anticoloniale Abdelkrim el Khattabi, « le Che Guevara du Rif ». Il y a là Souad, une camarade militante, institutrice, et Majdouline. La jeune Syrienne, tout juste majeure, est « à bout », seule, sans le sou. Elle raconte que dans son hôtel, deux grands-mères syriennes sont revenues la cheville cassée après avoir enjambé un mur de trois mètres à la frontière de Beni Ensar, dans l’espoir fou d’atteindre Melilla.
Majdouline, 18 ans, de Damas, son mari en prison à Nador, son enfant à Melilla avec son frère © Rachida El Azzouzi
Bientôt quatre ans que Majdouline et sa famille s’épuisent sur les routes de l’exil. Originaires de Homs en Syrie, ils vivaient à Damas, le père était commerçant, le frère, comédien, la belle-sœur esthéticienne… Jusqu’à ce que tombent la guerre, les obus, les roquettes. Elle égrène, les yeux mouillés, les épreuves, les brimades, les pays traversés : le Liban, l’Algérie, la Tunisie (où son père décédera d’un cancer foudroyant), puis de nouveau l’Algérie et enfin le Maroc. Ils ont traversé à pied pour l’équivalent de 300 euros par personne la frontière algéro-marocaine, principal point d’entrée des Syriens au Maroc. Fermée depuis 1994 après un attentat à Marrakech qui impliquait les renseignements algériens selon le Maroc, cette frontière terrestre la plus longue du monde (1 600 kilomètres), surnommée « L’Oriental », est le point de jonction de tous les trafics.
Elle est, avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla à l’ouest, l’un des carrefours du« trabendo »(contrebande), cette économie informelle qui empêche le développement de toute industrie structurée et qui fait vivoter des dizaines de milliers de Marocains du Rif, région montagneuse et rurale matée dans le sang sous Hassan II, livrée à la misère et devenue le grenier à kif de l’Europe. En 2014, Rabat a érigé de nouvelles tranchées et grillages pour lutter contre les « trabendistes » et les réseaux terroristes. Mais les bidons d’essence, les cigarettes et autres denrées illicites venues d’Algérie, de l’huile aux produits d’entretien, abondent toujours le long de la route qui serpente entre les montagnes d’Oujda à Nador. Comme les migrants, chair à trafic. « Nador vit, avec la bénédiction du pouvoir, de la trilogie infernale : trafic de migrants, de drogues[cannabis, cocaïne et héroïne – ndlr] et de contrebande », rappelle Omar Naji de l’AMDH.
La triple barrière de Melilla, côté espagnol, 12 km de grillages, tranchées, barbelés, capteurs de bruit, caméras, miradors… © Rachida El Azzouzi
La triple barrière de Melilla, depuis la route qui mène au cap des Trois Fourches, côté marocain. Au loin, Beni Ensar © Rachida El Azzouzi
Dans cette ville religieuse et conservatrice de 165 000 habitants, qui avait tristement défrayé la chronique en 2013 avec « le baiser de Nador » (deux jeunes avaient été poursuivis pour « atteinte à la pudeur » pour avoir posté sur Facebook une photo d’eux s’embrassant), les mafias locales exercent en plein jour dans les cafés frontaliers, à quelques pas des policiers en faction. Les témoignages recueillis décrivent tous les mêmes marchandages et méthodes pour entrer illégalement dans Melilla : emprunter la bicyclette d’un vendeur de pain par exemple (300-400 euros par personne), monter dans la R21, R18 ou R11 surpeuplée d’un « trabendiste » (entre 800 et 1 000 euros par personne) ou passer à pied avec de faux passeports marocains (1 200 euros par personne en moyenne), voire, selon certains récits, filer par la mer en jet-ski. Dans cette vidéo postée sur YouTube, une Syrienne désigne clairement un agent d’autorité du poste-frontière de Beni Ensar impliqué dans le réseau.
Les Syriens ont un avantage de taille sur les Subsahariens. Ils ont « une tête d’Arabe, de musulman, de Marocain » qui leur permet de passer inaperçus. Quand les Érythréens, Soudanais, Ivoiriens… sont traqués comme des bêtes, sans cesse refoulés. Et condamnés, parce que noirs de peau, à emprunter les voies de tous les dangers : la « patera » par la mer, l’embarcation de la mort (quand ils ont de l’argent) ou le triple rideau de fer dont l’escalade relève du miracle depuis que le Maroc, en bon gendarme de l’Europe, a rajouté des barbelés tranchants. Perçus comme « riches », les Syriens ont malgré eux fait monter les enchères. « Au point que les candidats à l’exil marocains, algériens ne peuvent plus se payer le passage », constate Elsa Tyszler du Gadem.
« Aujourd’hui que nous sommes frappés par le mal, les Arabes nous rejettent »
Oublié des médias internationaux concentrés sur la crise migratoire historique en Europe centrale, le Maroc, deuxième route de l’immigration africaine vers le vieux continent après la Libye, via la Méditerranée, a vu le profil de ses migrants bouleversé par la guerre civile en Syrie. Les réfugiés syriens ne sont pas des centaines de milliers comme en Grèce ou en Turquie à échouer dans les villes du nord du Maroc mais ils sont des milliers depuis 2012 à emprunter ce couloir migratoire, moins dangereux que les corridors funèbres sous les feux de l’actualité. Et ils sont chaque année plus nombreux. Selon des chiffres des autorités espagnoles, depuis le début de l’année, plus de 6 000 Syriens ont rejoint Melilla. Soit déjà plus du double de l’année passée.
Samir, 30 ans, de Manbij près de Kobané devant le Ceti de Melilla © Rachida El Azzouzi
À Nador, ils sont un peu moins d’un millier, selon l’AMDH, à être coincés dans leur quête interminable d’un ailleurs européen. D’un côté, des familles pauvres dont les enfants mendient dans les cafés et bazars du centre-ville, qui, pour certaines, dorment dans la rue, ne pouvant se payer ni une auberge, ni une traversée illégale. De l’autre, des classes moyennes aisées mais souvent fauchées après des mois, des années d’exode, à la merci des passeurs, à vivre dans les hôtels ou à louer des appartements quand elles y parviennent, les autorités interdisant toute location aux réfugiés non enregistrés au HCR-Maroc (Haut-commissariat aux réfugiés). Dans les pensions bondées où les autorités ont demandé, début octobre, aux tenanciers de ne plus accueillir de Syriens, à l’exception des réfugiés inscrits au HCR, les familles se partagent une chambre, un lit à plusieurs. Dans une grande précarité. L’AMDH a tenté d’en visiter quelques-unes mais les réceptionnistes ont aussitôt dépêché un officier en civil des renseignements généraux qui leur a barré l’accès.
Si l’on croise très peu de « Sub » (Subsahariens) dans les rues de Nador, retranchés sur les hauteurs dans les forêts alentour, Gourougou, Taouima, Selouane…, et cibles de rafles, ratissagespermanents quand bien même certains posséderaient une carte de séjour ou de réfugié, on ne peut pas rater les Syriens. Leurs journées se suivent et se ressemblent entre mendicité, survie et tentatives de passage de la frontière. Le matin, à l’aube, ils prennent la direction de Beni Ensar en bus ou taxi. Ils rentrent en fin de journée, désespérés d’avoir été encore repoussés. Le dénuement étant tel dans les hôtels, ils prennent d’assaut les parcs de la ville en attendant l’heure du coucher.
Des Syriens décrivent les conditions de vie indignes au sein du Ceti à Melilla auprès d’Omar Naji de l’AMDH (de face) © Rachida El Azzouzi
D’autres rejoignent le Marjane, le grand centre commercial sur la route de l’aéroport, pour faire la manche en exhibant leurs passeports syriens et obtenir quelques sous qui paieront une nuitée, un repas. Les habitants, relativement pauvres dans cette terre d’émigration qui a fourni les principaux bataillons de travailleurs marocains à l’Europe dans les années 1960-70, les tolèrent, les aident quand ils le peuvent, « fissabillah » (“de bon cœur”, « pour satisfaire Allah »). Un morceau de pain, une couverture… Mais point d’élan collectif de solidarité. Lors de la fête de l’Aïd el-Kébir, fin septembre, des associations caritatives islamistes distribuaient de la viande de mouton aux nécessiteux marocains… sans un geste pour les Syriens à quelques pas de là.
« On a ouvert nos maisons aux Arabes, on les a accueillis pendant les guerres, Israël-Liban, Irak-Amérique… mais aujourd’hui que nous sommes frappés par le mal, les Arabes nous rejettent. » Assis en tailleur sur un bout de carton qui lui sert de tapis de sol au milieu des déchets et des excréments, Samir fume de colère et des American legend, des cigarettes de contrebande algériennes. À ses pieds, un verre de thé bien rouge comme on l’affectionne au Moyen-Orient, où s’agglutine un essaim de mouches, et le faux passeport syrien au nom d’« Abdallah Kassabi, né à Damas », acheté 1 300 euros dans les bas-fonds d’Istanbul, qui lui a permis de rallier par avion l’Algérie. Il ne comprend pas pourquoi les pays arabes malmènent les réfugiés syriens fuyant Bachar al-Assad et Daech alors que des pays européens, comme l’Allemagne ou l’Autriche, leur ouvrent grand les bras.
Samir vise les deux pays qu’il a traversés : le Maroc qui considère les Syriens comme des clandestins, pas des réfugiés, mais aussi l’Algérie où il a travaillé au noir pendant six mois dans le BTP pour se reconstituer un pécule et poursuivre son odyssée. Depuis le 1er janvier de cette année, Alger réclame un visa aux Syriens. Finie la clémence qui courait depuis le début du conflit en 2011, où les Syriens affluaient dans la capitale algérienne par bateau ou par avion sans visa et pouvaient se loger, voir leurs enfants scolarisés, leurs soins pris en charge, choses impossibles au Maroc. Alger a même durci cet été les conditions d’obtention du visa. « Les ambassades ne l’accordent qu’une fois celui du ministère des affaires étrangères obtenu qui, lui-même, doit avoir l’aval des forces de sécurité. Une procédure utilisée pour les pays dont les ressortissants sont considérés comme à haut risque terroriste », décrit ici la presse algérienne.
كل ما يحدث في سوريا ،من مسؤولية السورييين أنفسهم ،لأنهم تغالوا في الدين بمساعدة الإخوان المسلمين ،في مقدمتهم الشيخ القرضاوي !
أما لشيخ البوطي رحمه الله ،فجروه وهو يخطب بالمسجد !لأنه كان يحذر السوريون بماذا سيحدث من
مآس إذا ما استمر السوريون في إشعال الفتنة الطائفية !
إليكم بهذا الرابط :https://www.youtube.com/watch?v=pdVLqT7uLwc