Le vol légalisé : comment la “baleine du noir” a-t-elle avalé l’aide au logement et l’a transformée d’un rêve pour les pauvres en un trésor pour les barons de l’immobilier ?

Arifino.net/Spécial
Alors que le programme d’aide directe au logement lancé par le gouvernement début 2024 devait être une bouée de sauvetage pour les familles marocaines en quête d’un logement décent, des réalités inquiétantes sur le terrain menacent de saper ses nobles objectifs et de le transformer en un mécanisme de spéculation et de rente au détriment des plus fragiles.

La flambée des prix et le “noir” brûlent le rêve : comment l’aide gouvernementale finit-elle dans les poches des spéculateurs ?
Depuis l’activation du programme, les prix des appartements ont connu une flambée fulgurante, en particulier dans les petites et moyennes villes. Des appartements dont le prix ne dépassait pas 25 millions de centimes se vendent aujourd’hui entre 36 et 46 millions. Cette hausse effrénée s’est accompagnée de la prolifération du phénomène du “noir”, ces sommes supplémentaires imposées à l’acheteur en dehors du contrat officiel, en espèces et sans garantie. Selon des rapports concordants, le montant du “noir” a atteint 17 millions de centimes dans des zones comme Mahamid à Marrakech, ce qui signifie que l’aide gouvernementale (entre 7 et 10 millions de centimes) ne suffit même plus à couvrir ce montant illégal, laissant le simple citoyen face à un rêve qui s’évapore.

Absence de contrôle et “loi du silence” : pourquoi les citoyens craignent-ils de dénoncer la corruption et deviennent-ils des proies faciles ?
Le cœur du problème réside dans l’absence d’un système de contrôle gouvernemental strict pour accompagner le programme. Il n’y a pas de mécanismes de contrôle des prix, ni de plateformes pour recevoir les plaintes ou protéger les lanceurs d’alerte, ce qui a laissé les bénéficiaires à la merci des lobbies de l’immobilier et des intermédiaires. Le citoyen vit dans un cercle vicieux : dénoncer une demande de “noir” signifie perdre sa chance d’acquérir un logement et s’engager dans des conflits dont il se passerait bien dans sa quête laborieuse de la “tombe de sa vie”, ce qui lui impose une “loi du silence” et en fait une proie facile.

Des voix parlementaires et des droits de l’homme tirent la sonnette d’alarme : le programme sera-t-il sauvé ?
Des voix parlementaires et des droits de l’homme s’élèvent pour demander une évaluation complète et urgente du programme, une révision de ses conditions, et la nécessité d’imposer aux promoteurs immobiliers des contrats types et des prix transparents et définis par région. Ces voix insistent également sur la nécessité d’impliquer les institutions de gouvernance et les inspections des impôts dans le suivi de l’utilisation des fonds d’aide pour protéger l’argent public. Le plus grand avertissement reste que si cette situation perdure, l’aide passera d’un outil de justice sociale à un simple canal de transfert de fonds publics vers les poches d’une certaine catégorie de magnats de l’immobilier et de ceux qui les soutiennent.

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