Révolution bancaire ou mirage marketing ?… Toute l’histoire des banques islamiques au Maroc, entre promesses de foi et choc des prix élevés !

Ariffino.net/Spécial

Une révolution silencieuse prend forme dans le paysage financier marocain : la finance islamique, longtemps cantonnée aux pays du Golfe, s’y installe progressivement. Mais derrière les chiffres se cachent des contradictions majeures et des choix de vie qui interrogent notre rapport à l’argent et à l’éthique.

Ce modèle financier, fondé sur des principes religieux tels que l’interdiction de l’intérêt (riba) et des transactions spéculatives, séduit une part croissante de Marocains en quête de sens éthique et spirituel dans leurs transactions. Depuis l’autorisation des premières banques participatives en 2017, le secteur a attiré près de 35 milliards de dirhams de crédits, principalement dans le financement immobilier.

35 milliards de dirhams et 15% de croissance… La foi seule suffit-elle à faire réussir l’expérience ?

“J’ai choisi une banque participative pour l’achat de mon appartement car je voulais éviter les intérêts usuraires. C’est une décision en accord avec mes convictions religieuses”, confie Amine, un jeune cadre de Rabat. Comme lui, des milliers considèrent cette alternative comme plus juste et transparente. Malgré cet engouement, les banques participatives ne représentent que 2% du total des actifs du gigantesque secteur bancaire marocain. Cependant, selon Bank Al-Maghrib, le secteur enregistre une croissance annuelle de plus de 15% dans certains segments comme l’immobilier, un rythme soutenu mais insuffisant pour opérer une transformation de fond.

Jouahri l’admet… Des obstacles réglementaires et un manque de liquidité entravent le secteur !

Le développement de la finance participative reste freiné par plusieurs facteurs, dont le manque de liquidité, l’absence d’un marché monétaire parallèle et le retard dans la mise en œuvre de produits complémentaires comme l’assurance takaful ou les obligations islamiques (sukuk). Dans ce contexte, le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a révélé à l’agence Bloomberg, en marge du Forum sur la stabilité financière islamique à Rabat, l’intention du Royaume de lancer une nouvelle émission de sukuk souverains d’ici la fin de l’année, la première en sept ans. Jouahri a reconnu l’existence d’obstacles administratifs et réglementaires qui ralentissent l’approbation de nouveaux produits financiers, assurant que les autorités s’efforcent de les lever.

“Plus chères que les banques classiques !”… Des voix doutent de la transparence du modèle et l’accusent de “marketing religieux”

À côté des adeptes, les sceptiques ne manquent pas. Safae, employée à Casablanca, qualifie le système de “marketing religieux” déconnecté des réalités économiques. “Les produits sont parfois plus chers que leurs équivalents dans les banques classiques, et la transparence n’est pas toujours au rendez-vous. Le risque est de tromper le consommateur sous couvert de religion”, critique-t-elle. D’autres experts estiment que le secteur a besoin d’un soutien fort de l’État pour structurer un véritable marché parallèle compatible avec la charia, ce qui exige une vision d’investissement claire, surtout avec les préparatifs pour la Coupe du Monde 2030, qui nécessitent des financements massifs auxquels la finance participative pourrait contribuer.

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