Sur les traces d’Indiana Jones dans la vallée du Drâa : les secrets des chercheurs d’or du Maroc, une aventure périlleuse entre détecteurs sophistiqués et vide juridique

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Le phénomène de l’orpaillage artisanal se développe dans plusieurs régions du Maroc, stimulé par l’évolution des détecteurs de métaux modernes qui aiguisent l’appétit des aventuriers. Bien que la production officielle d’or du Maroc ne dépasse pas quelques centaines de kilogrammes par an provenant d’une seule mine, le sous-sol recèle un potentiel énorme encore inexploré, ouvrant la voie à une activité parallèle qui peine à trouver un cadre juridique clair, contrairement à d’autres pays où ce secteur est devenu un pilier économique.
Des centaines d’aventuriers dans une course effrénée : qui sont les nouveaux “Dahhaba” et où se concentrent leurs opérations secrètes ?
À l’instar des collectionneurs de météorites, des centaines de chercheurs d’or sont actifs au Maroc, mais ils préfèrent opérer dans l’ombre et la plus grande discrétion par crainte de poursuites judiciaires. Les recherches se concentrent principalement le long de l’oued Drâa, le plus long fleuve du Maroc, et plus particulièrement dans sa partie inférieure, dans la province de Guelmim-Oued Noun, où de petits spécimens d’or ont été trouvés et vendus pour des milliers de dirhams. La localité d’Aouinat Ighoumane, dans la province d’Assa-Zag, est l’un des sites les plus connus d’où proviennent ces échantillons. Ces prospecteurs passent des mois de recherches continues pour ne récolter que quelques centaines de grammes, concentrant leurs efforts sur la recherche du quartz, scientifiquement considéré comme le principal réceptacle des minéralisations aurifères.
Le “trésor” appartient-il à l’État ou au propriétaire du terrain ? La loi marocaine dévoile les secrets de la propriété des richesses
Une croyance populaire erronée veut que toute richesse découverte dans le sous-sol appartienne automatiquement à l’État. Mais la loi marocaine est plus nuancée. Alors que les hydrocarbures et les phosphates sont exclusivement réservés à l’État, et que les grandes exploitations minières nécessitent des permis complexes et d’importantes capacités techniques et financières en vertu de la loi 33-13, le Code des droits réels stipule dans son article 18 que le “trésor” trouvé par une personne sur une propriété lui appartenant revient au propriétaire du bien, qui est tenu d’en verser un cinquième (1/5) à l’État. Le contexte le plus approprié pour les chercheurs artisans reste l’article 116 de la loi sur les mines, qui permet d’obtenir un “permis spécial” pour la collecte, l’extraction et la commercialisation de spécimens minéraux, de fossiles et de météorites, un permis qui ne donne pas le droit d’entrer sur la propriété d’autrui ou dans les zones militaires et frontalières.
De la batée aux appareils à 10 millions de centimes : quel est l’équipement du chercheur d’or ?
Les prospecteurs artisans s’appuient sur leur expérience de terrain et leurs réseaux d’information, soutenus par des outils techniques. Cet intérêt a conduit à l’essor du marché des détecteurs de métaux, dont les prix varient de 2 000 dirhams pour les débutants à 100 000 dirhams pour les appareils sophistiqués à haute fréquence capables de détecter de petites pépites d’or en profondeur. Après avoir trouvé des roches aurifères, l’artisan les broie et utilise une “batée américaine” pour séparer les grains d’or plus lourds. Certains ont recours au dangereux mercure pour former un amalgame qui est ensuite chauffé pour vaporiser le mercure et obtenir de l’or pur.
Le voisin mauritanien produit 40 kilogrammes par jour : le Maroc ouvrira-t-il la porte à des “mines d’or” artisanales ?
La Mauritanie a mis en place un cadre réglementaire clair pour l’orpaillage artisanal, ce qui lui a permis de produire entre 30 et 40 kilogrammes d’or par jour. La société d’État “Maaden Mauritanie” supervise le secteur, délimite les zones de prospection, fournit les services de base aux prospecteurs et commercialise leur production. Cette expérience réussie soulève une question légitime : pourquoi le Maroc ne reproduirait-il pas ce modèle, d’autant qu’il possède une expérience pionnière dans la réglementation de l’exploitation minière artisanale avec la “Centrale d’achat et de développement de la région minière de Tafilalet et de Figuig” (CADETAF), qui supervise l’exploitation du plomb et du zinc ? Étendre cette expérience à l’or dans des régions prometteuses comme Guelmim pourrait représenter une véritable alternative aux investissements miniers à grande échelle limités, et offrir un cadre formel générant des revenus pour l’État et les prospecteurs.
