Dossier: Nador et L’Oriental décollent-t-ils vraiment ?

نشرت يومية ليكونوميست المغربية في عددها ليوم الاثنين 18 مارس ملفا خاصا عن التنمية بالناظور و الجهة الشرقية تحت عنوان الشرق هل ينطلق فعلا؟
الملف يقدم مقاربة لواقع التنمية بالجهة في الذكرى العاشرة لإنطلاق المبادرة الملكية لتنمية الجهة.
أريفينو تعيد نشر أهم مضامين الملف

L?Oriental décolle-t-il vraiment?

L?Oriental décolle-t-il vraiment?

■ L?industrie, un moteur de croissance? en théorie
L?Oriental est pénalisé depuis plus de 40 ans d?une économie frontalière et informelle, ce qui a conduit la région à enregistrer un retard manifeste par rapport à d?autres régions du Royaume. Aussi le développement et l?industrialisation de la région de l?Oriental se base désormais sur quatre pôles de croissance: la Technopole d?Oujda, l?Agropole de Berkane, la zone logistique et portuaire Nador West Med, et le parc industriel de Salouane. Mais sans partenariats ou investissements privés, ces méga-projets auront du mal à trouver preneurs? et atteindre  les très ambitieux objectifs qu?ils se sont fixés à savoir, générer une soixantaine de milliards de DH d?investissements et créer quelque 100.000 emplois.
La Technopole de Oujda, hissée en cluster de compétitivité régionale, opère dans les secteurs industriels à haute valeur ajoutée. Il s?agit entre autres de la fabrication des équipements pour le développement durable, les énergies renouvelables, l?efficacité énergétique, l?offshoring. Elle comprend également un campus de formation avec deux zones, franche et non franche.
L?Agropole de Berkane a pour ambition de procéder à la valorisation des produits agricoles de la région tout en professionnalisant le secteur, consolider la recherche. Cette zone industrielle est dédiée à l?agroalimentaire et regroupe des activités en rapport avec le regroupement et la commercialisation, les unités de transformation, l?activité logistique, les activités de service, la recherche de développement et de formation agricole et agroalimentaire ainsi que les activités tertiaires. Avec 1,25 milliard de DH investis, ce projet permettra de créer quelque 7.000 emplois directs et promet de générer à lui seul 9 milliards de DH au niveau des productions végétales, animales, actions transversales et économie solidaire.
Le parc industriel de Salouane, qui s?inscrit dans le cadre d?une approche solidaire et complémentaire entre les différentes provinces de l?Oriental, accueillera les PME/PMI spécialisées dans les industries légères et des technologies à forte valeur ajoutée, les industries peu polluantes, la logistique industrielle, les services sous-jacents à l?industrie ainsi qu?un centre d?affaires et d?incubation d?entreprises. A terme, l?objectif est de créer 12.000 emplois et attirer 4 milliards de DH en termes d?investissements.
La région confortera son offre portuaire avec Nador West Med, une plateforme portuaire de référence au niveau de la Méditerranée sud. Sa réalisation durera cinq ans et nécessitera un budget qui avoisinera les 6 milliards de DH. Ce port aura pour principale vocation la manutention des produits énergétiques. Dès son lancement il sera en mesure de réceptionner 15 millions de tonnes (produits pétroliers raffinés), 6,5 millions de tonnes (produits charbonniers), 1,5 million de tonnes de marchandises par an.

■ Eviter le bug de Saïdia
Il fallait de la persévérance, une vision et des moyens pour faire de l?Oriental une région à vocation touristique, parce que le potentiel existe. Un littoral méditerranéen exceptionnel et un arrière-pays riche en histoire et disposant d?un relief avantageux. Deux destinations de choix: la station balnéaire de Saïdia et le programme de développement de Marchica.
Saïdia a déjà englouti 12 milliards de DH pour sa station balnéaire mais elle peine à la remplir faute d?animation adéquate ou de mesures incitatives pour les professionnels de la restauration ou autres. Certes, les ambitieux objectifs de 8.000 emplois directs et 40.000 emplois indirects, ne sont pas encore atteints ; mais d?immenses efforts sont entrepris pour redorer le blason de la station tout en essayant de prolonger au maximum la saison touristique. Des efforts qui commencent à porter leurs fruits. Durant l?été 2012, Saïdia s?est classée 4e en terme de nuitées derrière Marrakech, Agadir et Casablanca.
Et c?est pour éviter les erreurs commises au niveau de cette station que le 2e projet phare de la région Marchica obéit à un contrôle et suivi rigoureux. Un programme aux multiples facettes avec notamment un intérêt particulier pour la protection de la riche biodiversité (fonds sous-marins, plages, espaces végétaux, faune.

.), véritables atouts pour un tourisme vert et responsable. Marchica englobe 7 projets: la Cité d?Atalayoun, la Cité des deux Mers, la Ville nouvelle de Nador, la Baie des flamants, Marchica sport, les Vergers de Marchica et le Village des pêcheurs. La réalisation du programme se fera en plusieurs étapes depuis 2009 jusqu?à 2025. 46 milliards de DH sont prévus en termes d?investissements, pour un projet qui générera 15.000 emplois directs et indirects en phase de construction et 30.000 emplois directs en phase de commercialisation.
■ Agriculture et pêche, les plus grands employeurs
Une frange importante de la population de l?Oriental est active dans le secteur agricole. Dix grands projets ont marqué la décennie 2003/2013 afin de booster ce secteur et améliorer ses performances. Plus de 3 milliards de DH y ont été injectés. C?est le cas pour le programme petite et moyenne hydraulique à Berkane et Nador (108 MDH), le projet de développement rural Taourirt ?Tafoughalt (21 MDH), le programme de conversion des systèmes d?irrigation sur une superficie de 10 000 ha (600 MDH); les travaux de réhabilitation des canaux principaux d?irrigation et ouvrages annexes dans le périmètre de la Moulouya (311 MDH), l?extension et intensification des palmeraies de Figuig (228 MDH), le projet d?agrégation pour le développement des agrumes dans la province de Berkane (712 MDH) ainsi que la production laitière avec la coopérative Colaimo (120 MDH), la mise en eau d?un périmètre d?irrigation dans la plaine de Tafrata (320 MDH), le programme du développement de l?olivier dans l?Oriental (118 MDH) et la réalisation de l?Agropole de Berkane (250 MDH). Quant aux trois ports de la région: Bni
Nsar (Nador), Ras Kebdana (Nador) et Sidi H?saine (Driouch), ils sont actifs dans les secteurs du transport et la pêche. Leur modernisation et mise à niveau ont impacté positivement leurs rendements.

■ L?envol de l?enseignement et la santé
En dix ans plus de 70 nouveaux établissements d?enseignement préscolaire, primaire, collégial et qualifiant ont été ouverts et équipés. De son côté l?Université Mohammed I a vu ses filières de formation passer de 17 en 2003 à 150 en 2013. Six facultés, quatre écoles, un centre de recherche, 46 laboratoires et 6 centres d?étude et de recherche, 3 centres d?études doctorales, ont permis à cet établissement universitaire d?accueillir 35. 200 étudiants, 700 enseignants et 145 équipes de recherche. Les centres de formation professionnelle sont passés de 14 en 2003 à 27 en 2012 et accueillent quelque 21.000 stagiaires. (Ils étaient 4.000 en 2003). Quant au secteur de la santé, l?Oriental s?apprête à recevoir le plus grand CHU de la région confortant ainsi son offre en matière de soins et de formation. Une réalisation qui a nécessité plus de 1 milliard de DH. Aussi 4 hôpitaux ont été construits : pour une somme de 165 MDH à Jerada, Saidia et Taourirt en plus de l?Hôpital psychiatrique d?Oujda. Trois autres sont au programme à Driouch, Zaiou et Figuig pour 120 MDH.
■ Les infrastructures de base opérationnelles
L?ensemble de ses projets et programmes ne peut aboutir sans réelle connexion avec les autres régions du Royaume et le monde. Des réalisations qui constituent des axes structurants à fort impact sur le développement économique et social. C?est ce qui explique les efforts consentis en matière de réalisation de routes, autoroutes, ports et aéroports. A elle seule l?autoroute Oujda-Fès a nécessité 11 milliards de DH. 990 MDH ont été débloqués pour l?édification du 2e aéroport d?Oujda-Angad. De son coté la ligne ferroviaire Taourirt-Nador a été réalisée avec 3 milliards de DH. De même 1,25 milliard de DH sont alloués pour la réalisation de la voie express Ahfir Salouane sur 83 km. Des réalisations qui s?ajoutent à ceux qui ont concerné l?élargissement et la réfection de la route reliant Nador-Oujda et Oujda-Figuig, via Jerada et Bouarfa. Signalons par ailleurs que dans le cadre du deuxième programme national des routes rurales, l?Oriental a bénéficié de la construction d?un réseau de 1.075 km pour un montant de 667,1 MDH permettant de faire passer le taux d?accessibilité au réseau routier rural de 50% en 2005 à 76% en 2012.

De notre correspondant, Ali KHARROUBI

Plus de 100 milliards investis dans la région en 10 ans
Si les projets industriels sont faramineux, ils manquent d?attractivité
Le développement de la région ne peut se faire qu?avec l?implication du privé
L?Oriental décolle-t-il vraiment?

En parallèle à tous les méga-projets industriels qui sont menés de concert dans la région, les villes connaissent aussi de grands changements, tant au niveau du renouvellement urbain que de la réhabilitation des quartiers sous-équipés. De gros efforts ont également été réalisés en matière d?éradication de bidonvilles, avec des résultats plus parlants que dans le reste du Royaume

C?est ce lundi 18 mars que l?Oriental célèbre le 10e anniversaire du lancement de l?Initiative Royale pour le développement de la région. Une décennie au cours de laquelle de nombreux projets ont complètement changé la face de l?Oriental, auparavant taxé de région marginalisée, voire même du Maroc inutile. Une situation que le discours fondateur du Souverain pour la relance économique d?une région en favorisant les conditions propices au travail et à l?emploi a totalement renversé. S?articulant autour de quatre axes, «elle vise à stimuler l?investissement et à favoriser la création de petites et moyennes entreprises par les jeunes. Elle se propose également de doter la région des équipements de base nécessaires et d?encourager les grands projets économiques à titre prioritaire», était-il précisé dans la feuille de route royale. Aussitôt une dynamique s?était enclenchée grâce à des actions d?envergure et de très gros moyens, qui dépassent à l?heure actuelle plus de 100 milliards de DH. Trois ans après le discours, l?Agence du développement de l?Oriental voit le jour le 19 avril 2006, avec pour mission d?assurer le back-office du travail réalisé par les différents services préfectoraux, régionaux et ministériels. Un bien alléchant tableau, en théorie, mais qui ne pourra être réellement efficient qu?avec l?implication du privé, à travers des investissements directs ou via des partenariats publics privés. En dépit du dynamisme de la région en matière d?infrastructure, et de projets industriels les problèmes qui la plombent sont les mêmes que l?on rencontre à travers tout le Maroc: lenteur administrative, difficulté d?accès au foncier et au financement. Les technopole, agropole et autres projets risquent fort de ne pas connaître le succès escompté au départ. Dégager de nouvelles opportunités de croissance, et dynamiser l?investissement privé dans la région sera au centre du débat organisé aujourd?hui par la CGEM à Oujda. Une rencontre qui réunira un parterre choisi de personnalités ministérielles, de l?Administration et du monde des affaires.
Hormis les autorités locales (voir aussi notre édition n° 3986 du 12 mars dernier) dont Mohamed Mhidia, wali de l?Oriental, Mohamed M?barki, DG l?Agence de développement de l?Oriental, Ali Belhaj, président du Conseil régional et Abdelkrim Mehdi, président de la CGEM locale (voir aussi son interview en page 26), seront aussi de la partie Abdelkader Amara, ministre de l?Industrie, Najib Boulif, ministre chargé des Affaires générales, Abdellatif Maazouz, ministre des MRE, accompagnés de Miriem Bensalah Chaqroun, présidente du patronat. L?objectif est de discuter des perspectives d?avenir et surtout de mettre l?accent sur l?importance d?un partenariat public-privé pour dynamiser l?économie régionale. Tour d?horizon sur les grandes réalisations de ces dix dernières années.

Pourquoi l?investissement privé doit monter en puissance
Entretien avec Abdelkrim Mehdi, président CGEM oriental

Activer le partenariat public-privé
Tourisme: Redimensionner et le positionnement et la stratégie promotionnelle du produit Saidia
Accès au foncier et au financement: encore un effort!
Pourquoi l?investissement privé doit monter en puissance Entretien avec Abdelkrim Mehdi, président CGEM oriental

Abdelkrim MEHDI: «Nous avons besoin d?une feuille de route claire et d?un PPP fort pour dynamiser L?investissement privé dans la Région»

– L?Economiste: L?Oriental a soigné son infrastructure en 10 ans. En revanche, la valorisation ne suit pas. La région fait elle du surplace?
– Abdelkrim Mehdi: Du surplace il faut nuancer :Depuis l?Initiative Royale, le rattrapage en infrastructures est colossal et les projets structurants ont été déterminants pour créer une dynamique d?investissement.
Les acteurs publics au niveau national et régional ont multiplié, il faut le reconnaitre aussi, les efforts pour doter la région: Des déclinaisons régionales des différentes stratégies nationales (Plan vert, plan émergence, plan azur  et vision 2020); un plan stratégique établi par le Conseil Régional; une stratégie de développement économique et sociale,  un marketing territorial piloté par l?Agence de l?Oriental; une coopération décentralisée dynamique grâce aux élus locaux, au Conseil régional et à l?Agence de l?Oriental.
Par ailleurs, à date d?aujourd?hui nous disposons de l?infrastructure de base.
Maintenant, la vraie question  est de savoir si nous avons enclenché une dynamique d?investissement privé, je dis bien privé, similaire à celle des chantiers structurants lancés par Sa Majesté. La réponse est que nous sommes  au tout début de la phase pour l?émergence industrielle de notre région. Notre challenge et notre défi sont de passer d? une région de grandes infrastructures réalisées par le public grâce à l?Initiative Royale à un pôle d? excellence avec l?éclosion d?un tissu économique de PME grâce à une initiative privée forte et dynamique.

– Oui mais justement comment réussir ce challenge?
– Nous devons réfléchir aux moyens à  mettre en œuvre pour la traduction des initiatives existantes d?investissements en création de projets avec la mise en place  d?une structure d?accompagnement pour lever les problématiques administratives, d?accès au foncier  et au financement. Il est également important de  valoriser  notre industrie-agro-alimentaire, de dynamiser la technopole, surtout la variante cleantech eu égard à l?importance et les enjeux du plan énergétique national et de redimensionner et le positionnement et la stratégie promotionnelle du produit Saidia. Enfin, deux autres chantiers me semblent incontournables, la traduction de la coopération politique et institutionnelle en coopération économique avec des partenariats PPP pour booster l?investissement, ainsi que l?implication de la diaspora pour la création de projets novateurs et à forte valeur ajoutée.

– Comme pour tous les chantiers à dimension transversale, les objectifs butent parfois sur les bugs de coordinations entre acteurs. Pensez-vous qu?il s?agit d?un facteur de blocage dans le cas de l?Oriental?
– Il est important qu?il y?ait une mise en harmonie de tous les efforts, qui sont louables, déployés à ce jour par tous les acteurs régionaux et nationaux. Nous avons besoin d?une feuille de route claire pour dynamiser l?investissement privé à travers un PPP rigoureux et ambitieux, basé sur une implication dynamique de tous les acteurs et moyennant une très forte coordination régionale.

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