Blanchiment à Casablanca : la chute d’un réseau infiltré dans l’immobilier de luxe.

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L’Autorité Nationale du Renseignement Financier (ANRF) a ouvert une enquête approfondie pour dénouer les fils d’un réseau spécialisé dans le blanchiment d’argent, opérant depuis la périphérie de Casablanca et utilisant des sociétés écrans pour blanchir des fonds soupçonnés d’être liés au trafic de drogue.
**Mouvements bancaires anormaux : le premier indice**
Les soupçons ont commencé à naître chez les responsables de deux agences d’un grand groupe bancaire en périphérie de la capitale économique, après avoir observé des opérations de dépôt et de retrait fréquentes et de gros volumes, effectuées par chèques et effets de commerce émis par de petites entreprises. Les montants considérables enregistrés semblaient totalement disproportionnés par rapport à l’activité réelle de ces sociétés, surtout dans un contexte économique qualifié de difficile, ce qui a poussé les responsables à alerter les autorités compétentes.
**Un angle mort du système fiscal : l’astuce qui a trompé tout le monde !**
L’examen minutieux des comptes a révélé un système bien huilé et trompeur. Les entreprises impliquées sont légalement enregistrées, présentent des bilans en apparence sains et respectent les échéances fiscales. Mais derrière cette façade légale se cachaient des transactions commerciales fictives entre des sociétés liées au même réseau, dans le but de gonfler artificiellement les bénéfices. Les impôts correspondants étaient ensuite payés pour donner une apparence de légitimité aux flux financiers suspects. Le réseau a ainsi exploité ce qu’on pourrait considérer comme un “angle mort” des systèmes de contrôle, qui se concentrent généralement sur les entreprises qui sous-déclarent leurs bénéfices, et non l’inverse.
**De la drogue à l’immobilier : la piste de l’argent sale**
Selon des sources proches du dossier, les enquêtes s’orientent fortement vers l’hypothèse de l’implication de réseaux de trafic de drogue. L’argent illicite était injecté dans ces sociétés écrans et, après avoir été blanchi en tant que bénéfices commerciaux, était réinvesti dans des secteurs connus pour leur capacité à absorber d’énormes sommes d’argent, principalement l’immobilier et les produits de luxe. Les enquêteurs ont découvert des acquisitions massives de terrains, de biens immobiliers résidentiels et commerciaux, ainsi que des biens mobiliers de grande valeur, dans un processus de recyclage systématique sous le couvert d’activités diverses comme le commerce, la distribution et le BTP.
**Comptables et banquiers au cœur de la tourmente : sont-ils complices ?**
Les premières investigations suggèrent l’implication possible de comptables et de banquiers dans ce réseau. Certains sont soupçonnés d’avoir fourni des conseils et des services sur mesure pour préparer des déclarations comptables suffisamment crédibles pour ne pas attirer l’attention, tout en dissimulant l’origine criminelle des fonds. Il convient de noter que le rapport annuel 2023 de l’ANRF avait mis en lumière l’ampleur croissante du phénomène, avec 71 dossiers transmis à la justice pour blanchiment d’argent et financement du terrorisme, soit une augmentation de plus de 31 % par rapport à l’année précédente.
